24/07/2008 Biographie Dictionnaire Textes Album Images Répondre Contact
Photo du jour
Photo du jour
 
 
 
regard 16/07/2008 - 14:26:06
"Pourquoi le regard ouvert est-il si difficile ? Nous sommes des créatures paresseuses, nous avons besoin de ce qui nous est familier. La curiosité apparaît comme un luxe rare sur un fond habituel. Rester ferme et pouvoir jouer avec l’ouvert, à chaque instant, ce serait un art. Il faudrait être Mozart. Un Mozart de l’avenir ouvert."
Mahler mille et une 11/07/2008 - 11:58:57
Il y a quelque chose de Shéhérazade en Valery Gergiev lorsqu’il effeuille l'œuvre de Mahler, une symphonie après l’autre. Ton épique, couleurs ajoutées modifiant l’aspect extérieur de la musique sans pour autant la trahir, jusqu’à une certaine lascivité orientalisante pointant dans l'expression de tel ou tel thème. Pas sûr que les puristes apprécient, plus sûr s’agissant de ceux à qui il importe que la musique vive.

Mahler, Symphonies 2, 5, 7, 8, 9 et 10, par le LSO, dirigé par Valery Gergiev ; diffusées depuis lundi et pour une semaine sur le site de la BBC.
Un temps à aller au musée 08/07/2008 - 07:48:02
"huile et sang sur toile de lin"*

"Il faut d’abord écrire le monde, puis voir s’il existe."**

"Pendant qu’on le coiffe et qu’on le chausse, l’aristocrate fait mine de lire, mais ses yeux sont fermés."***


* Roubaix, La Piscine, exposition Jedd Novatt, tableau

** Tourcoing, Le Fresnoy, Panorama 9-10, Marina Méliande, Lettres au vieux monde

*** Lille, Palais des Beaux Arts, Goya, Les Caprices, Planche 29, Esto si que es leer ? / Voilà ce qui s’appelle lire ?
Prospective 07/07/2008 - 12:50:25
Une tribune publiée récemment dans La Lettre du musicien montre à quel point il est difficile, même lorsqu’on en est un observateur, un acteur privilégié de la vie musicale, d’en penser l’évolution autrement qu’à reculons, a minima, en s’appuyant sur une vision du réel, sur des pratiques irrémédiablement dépassées.

Il est dans cette tribune question d’Internet, dont l’auteur avoue incidemment qu’il le connaît mal lorsqu’il dit "craindre que la tendance à la concentration constatée dans le domaine radiophonique se prolonge sur Internet". Alors qu’Internet est, au moins s’agissant de musique, domaine que je connais, synonyme d’ouverture sur un univers infini. Un univers accessible sans qu’il soit nécessaire de télécharger, pirater, etc., juste, c’est le mode d’accès que je privilégie actuellement, de se connecter sur les radios du monde entier. Un univers qu’on ne fera jamais entrer dans une, dix, cent Philharmonie de Paris.
Il n’est dès lors plus utile de s’interroger sur "ce que seront le rôle et la puissance d’Internet lorsqu’il sera devenu un substitut crédible du marché traditionnel", Internet ayant fait éclater le "marché traditionnel", tout comme un "réservoir" aux dimensions désormais océaniques.

L’auteur de la tribune dit "tout imaginer, même le pire, disparition complète du disque", me rappelant ce qu’il y a un quart de siècle on disait du disque vinyle. On peut discuter à l’infini des mérites de celui-ci, oubliant des défauts tels que la baisse de qualité en fin de face ou des parasites s’aggravant irrémédiablement de lecture en lecture, on peut surtout reconnaître les avantages de loin supérieurs que le disque compact a apportés. Le "pire" ne serait donc tel que pour les marchands du temple qui ont transformé le disque en une rente personnelle, et pas pour tous ceux qui vivent de la musique.

L’auteur s’attache au marché, "comment se stabilisera-t-il ?", l’analyste d’Internet cédant rapidement la place à l’avocat de sa propre cause, pour une défense en creux de son action. "Favorisera-t-il la curiosité et l’éducation du public ? Assurera-t-il aux créateurs et interprètes une juste rémunération ?" Avec pour objectif de garder le contrôle de la situation, fut-ce avec les meilleures intentions du monde : "Nous envisageons d’implanter à demeure dans nos salles des petites caméras fixes, invisibles, qui capteraient nos concerts, et de proposer une diffusion gratuite de ces enregistrements sur Internet pendant un mois".

C’est pourtant lorsqu’il évoque la "musique classique" que l’auteur me semble faire preuve du plus grand aveuglement. "La musique "classique", affirme-t-il, ne disparaîtra pas, car elle repose sur des mélomanes passionnés. Il y aura toujours un public et des professionnels qui s’engageront dans cet art. A condition de s’attaquer au problème du renouvellement générationnel. Précisant : l’inquiétude vient de la tranche des 25-35 ans où les résultats sont de plus en plus médiocres." Et si l’on s’intéressait à cette tranche des 25-35 ans, à ses motivations, aux raisons pour lesquelles, peut-être, il ne reviendra jamais à la "musique classique". Aux raisons pour lesquelles, peut-être, cette musique disparaîtra sous sa forme actuelle, pour, peut-être, renaître sous d’autres formes. Aux raisons pour lesquelles, à l’opposé, elle pourrait perdurer telle quelle, mais de de plus en plus réduite à une fonction de conformation sociale.

La désacralisation de la salle de concert, l’élargissement des publics, la sensibilisation et autres pratiques incantatoires, ne nous ne feront guère progresser. Plus que le "renouvellement du public", c’est le renouvellement de la musique, de ses formes, et en particulier celle du concert, qui est aujourd’hui au cœur des enjeux. Remise en question d’une relation déséquilibrée entre un artiste abusant de sa position et un spectateur confiné à une passivité excessive, et ce quelque soit l’habillage, au bénéfice d’un échange fécond.


"Réflexions sur l’avenir de la musique", propos de Laurent Bayle, recueillis par Michèle Worms, La Lettre du Musicien n° 360, Été 2008).
vents nouveaux 05/07/2008 - 11:35:45
Tout un après-midi avec le Nederlands Blazers Ensemble*. Trois étapes d’un passionnant périple à l’échelle du monde de la musique.
Sur l’air tout d’abord d’un Barbier de Séville dont la plus radicale nouveauté n’est pas la substitution à l’orchestre d’origine d’un ensemble à vent, qui se fait presque oublier. Mais plutôt la réduction de la partition et l’ajout d’un récit, qui donnent à l’opéra de Rossini un surplus d’efficacité, surtout pour un public néerlandophone, particulièrement réactif lors de la présente représentation.
Second concert, sous le signe du chiffre deux. Enchaînant duos en tous genres, pièces originales ou transcriptions originales de pièces du répertoire, pièces traditionnelles. Instruments d’ici et d’ailleurs, piccolo et darbouka, kementché et contrebasse, cymbalum et clarinette, trompette et piano, saxophone et trombone, et une dizaine de formations différentes, toutes plus originales les unes que les autres.
Rencontre unique pour le troisième concert, celle du Nederlands Blazers Ensemble et d’un orchestre de mariage roumain, noce balkanique sur la scène du Concertgebouw d’Amsterdam. Le NBE se fond dans la fête.
Le Nederlands Blazers Ensemble ne repousse pas toujours les limites du monde musical, mais il rend exceptionnellement vivant tout ce qui se trouve à l’intérieur de celles-ci.

Vents toujours le soir même, à Lille, Nouveau Siècle, pour la finale de Coups de Vents, concours de composition pour orchestre d’harmonie**.
Une affiche à la Prévert : un orchestre d’harmonie… néerlandais ; un autre, français ; Maurice André, arpentant la scène dans un fauteuil roulant pour jouer avec l’un, avec l’autre ; Ruben Simeo, le plus jeune de ses héritiers, 16 ans, qui parvient à tirer des sonorités inédites des Variations sur le Carnaval de Venise ; Benjamin Biolay, pour un hommage à Maurice André particulièrement ininspiré...
Pas beaucoup d’inspiration non plus du côté des musiques primées, rien en tout cas qui renouvelle le répertoire pour orchestre d’harmonie, formes, sonorités. "Problème" d’un jury de spécialistes, privilégiant la déclinaison d’une certaine tradition aux dépens d’un renouvellement radical ? "Problème" personnel, divorce d’un mode d’expression, l’orchestre ? Qui ne saurait désormais refléter ce que nous vivons qu’au prix d'une régression de ce que nous sommes. Ou d'une mutation en profondeur, dont l’ensemble demeure l’une des voies.
À suivre.

* trois concerts du Nederlands Blazers Ensemble diffusés sur Radio 4 (Pays-Bas), le samedi 28 juin.
** Finale de Coups de Vents 2008, Lille, Nouveau Siècle, le samedi 28 juin.
voix 05/07/2008 - 10:33:41
Avide de nouveauté, de nouvelles techniques, d’utilisations nouvelles de ces techniques, matière de démarches innovantes, il m’arrive aussi, parfois, d’être touché par un compositeur usant certes de sonorités, de techniques utilisées par d’autres avant eux, mais les transmuant en une voix qui leur est propre. Simplement, efficacement.
C’était il y a quelques jours, dans le cadre du festival Agora et retransmis par France Musique, Ça tourne ça bloque, pièce pour dix instruments et échantillonneur d’Ondřej Adámek, compositeur tchèque né en 1979. Musique inspirée du Japon, mêlant efficacement voix traitées rythmiquement et sons produits en direct.
C’était également, sur BBC 3, The Choir, émission d’Aled Jones, différentes pièces chorales d’Eric Whitacre, compositeur américain né en 1970. Musiques aux harmonies raffinées, ni gratuites, ni abstruses.
autre 03/07/2008 - 16:00:10
Pas très actuelle, ma brève du jour. Le concert avait lieu le 29 mai au Petit Palais et il était retransmis le 29 juin sur France Musique. Mais il n’est peut-être pas trop tard pour dire que j’ai trouvé pertinente cette rencontre de la musique de Schubert et de la musique indienne*. Pour dire aussi que la programmation dans laquelle il s’insère, dont le principe est celui de la rencontre entre musique classique occidentale et musique autre, est l’une des plus intéressantes de toutes celles que propose Radio France***. La rencontre se fait, ne se fait pas, se fait imparfaitement, artificiellement, mais au moins elle repose sur un certain pari de la vie.

* concert de Shani Diluka, piano, Prabhu Eduard, tabla et Shahane Banerjee, cithara ; Sonate en la majeur, D. 664 et Impromptu en fa mineur, D. 935 de Schubert, ragas.
** D'une rive à l'autre, productrice Arièle Butaux.
*** Plus intéressante que celle de Présences, plus intéressante que celle des deux orchestres de Radio France réunis, d’autant plus qu’à quelques détails près, ceux-ci s’obstinent dans un double emploi qui finira par poser question.
noté 01/07/2008 - 18:21:45
"Just remember that the things you put into your head are there forever, he said."
pourquoi pas le clavecin ? 01/07/2008 - 14:36:57
"Gédéon de Malfilâtre aurait tant aimé mourir écrasé par un clavecin (c’est une lubie que Walser attribue à Lichtenberg lui-même) : la belle menuiserie, quatre-vingt-quatre notes, sept fois les douze demi-tons de la gamme, une mort au milieu des grands arts éparpillés de la musique, dans les cordes, et parmi un autre éparpillement de petites touches, suivies peut-être, dans les airs, d’une cinquantaine de pages de partition de Scarlatti, en guise d’anges : ce qui s’appelle voleter. Une mort douloureuse, mais une mort sur le coup, comme disent les médecins légistes : tout juste le temps de se rendre compte de la situation, s’en réjouir un peu pour soi seul, et rendre l’âme aux dieux du contrepoint. [page 467]
il cherche à se consoler en jouant du clavecin, parce qu’il s’imagine d’après son timbre une mécanique précise, presque blessante, insensible aux vieillesses, et du coup immortelle (et quand le clavecin ne console plus, reste la boîte à musique : l’idée réconfortante d’une mélodie interprétée sans un écart par un rouleau hérissé de tiges). [483]
On aurait pu faire aussi de Malfilâtre un professeur de musique : la question reste ouverte, le clavecin pourrait s’accorder à ses penchants pour une certaine exactitude, il y retrouverait la précision du timbre et celle de la musique elle-même, quand elle sait feindre d’être émue en faisant ses combinaisons : Malfilâtre triomphant (et, qui sait ? Lichtenberg par-dessus les épaules de Malfilâtre) y verrait la supériorité de la raison calculatrice sur toute la gamme des sentiments – alors pourquoi pas le clavecin ? Euclide retranscrit pour le clavecin ?) [492]
il préside aux banquets depuis la chambre du dessus, à l’étage, en vrai maître de cérémonie, au tempo infaillible, un orchestrateur-né, tantôt les poissons, tantôt le gibier, et à l’instant propice le bourgogne rouge au lieu du bordeaux blanc, et le vin de Tokaj apporté par Haydn (il n’en profitera pas vraiment : assigné à un régime de bouillon clair, à la paille – ce qui ne l’empêcherait pas de diriger à la baguette, métaphoriquement, les contrebasses (terrines, pâtés en croute, soufflés), les violoncelles (sauces grand veneur), les altos (coulis et jus), les violons (les vinaigrettes), les trombones pour le bœuf, les trompettes pour les poulets, le bugle pour les chapons, la clarinette pour les magrets, les fifres pour les câpres, les piccolos pour les baies de genièvre, la harpe enfin pour saluer les îles flottantes). […]"

extraits de Pierre Senges, Fragments de Lichtenberg